Toute petite déjà, elle rêvait de ça, de danse, de mouvements gracieux, de costumes brillants sous la lumière. Depuis toute petite, elle s'entraîne, sans habits de lumière, sans famille, et sans mère, mais avec un père. Un père possessif, évoluant dans la misère, la mort de sa femme ayant gâché ses rêves, le chômage ayant entraîné encore plus de difficultés pour lui et sa fille. Mais malgré cela, elle danse, toute petite, dans sa robe blanche, le visage rougit, les larmes aux yeux. Ses bras évoluent dans l'air, sa robe se soulève avec chacun de ses gestes. Dans sa chambre toute petite, elle chante, entre son lit et un meuble quasiment vide, sans jouets, avec peu d'habits. Regardant la boite à musique posée sur ce meuble, elle imite la danseuse de ballerine, dernier souvenir de sa mère disparue. Tout habillé de blanc, elle danse, imitant la ballerine. Un sourire se lit sur son visage. Faisant des mouvements amples, elle heurte le lit. Son sourire s'efface, la porte de sa chambre s'ouvre, son père entre. Une bouteille de whisky a la main, un verre dans l'autre main. Dans cette scène, pas de mots échangés. Le père pose le verre et boit encore une gorgée à la bouteille de ce liquide brûlant. Il fixe sa fille qui s'est arrêté de danser. Elle Sait ce qui va se passer, ca dure depuis longtemps, depuis la mort de sa mère. Puis Il rentre dans la chambre et Il ferme la porte.
Le temps passe...
Pas d'anniversaire, les jours heureux ne se sont pas succédés, tout a continué, la peur, les pleurs, la souffrance, la perte de sa jeunesse, de son innocence. Et puis elle a grandit, devenant plus grande, mais aussi plus fragile. De son enfance blessée, elle n'en a gardé que la souffrance, et toujours cette peur. Malgré cela, elle a toujours gardé son désir de danser. Et elle danse. Elle danse pour des personnes, plus pour elle seule. Elle danse pour des hommes. Dans un bar. Un bar miteux perdu entre deux ruelles sombres. Mais elle danse, sous les sifflements et les rires, sous la vapeur d'alcool qui imprègne ce bar. Mais elle danse, sans regarder la foule, et les types saouls qui la regardent. Elle danse en évitant les débris de verre éparpillés sur la piste de danse. Elle fouille dans sa mémoire et se remémore ce qu'elle a connu, ce qu'elle à vécue. Tous ces types qui la séduisaient entre deux verres d'alcool, quelquefois elle se laissait tenter par l'un d'eux. Dans l'espoir d'un avenir meilleur. Et puis elle comprenait pourquoi ils traînaient dans ce bar. C'était des incompris, des asociaux, des alcooliques ou bien des hommes divorcés. Le plus souvent, elle était sortie avec des alcooliques, quelque chose la poussait vers eux en premier, peut-être un dur souvenir d'enfance. Et bien souvent le paradis ne se trouvait pas parmi eux, ils étaient violents, tout dés½uvrés. Et chaque soir avant d'aller danser, elle se maquillait, pour que ses joues rougies ne se voient pas, et puis elle recommençait...
Le temps passe...
Toujours un autre homme et pourtant ils se ressemblaient tous. Et elle en souffrait, jusqu'à ce que l'un d'eux l'initie à un moyen d'apaiser sa souffrance. De la poudre blanche. Elle l'avait pris sans même savoir ce que c'était. On lui avait promis que ça apaiserait sa souffrance. Et chaque soir, elle en prenait. Sa souffrance diminuait, elle n'y pensait même plus. Pour elle, ce n'était que des paillettes, que de la poudre d'étoile qui l'aidait à mieux vivre. Mais cela n'effaçait pas les bleues sur tout son corps. Et elle danse, se rappelant les mouvements de la ballerine de sa boite à musique. Faisant les mêmes mouvements sur la scène, les mêmes qui ont rythmé son enfance. Et comme la ballerine, elle lève les mains en l'air, rempli d'une grâce certaine. Un peu de moment de bonheur dans sa vie. Mais en dansant, elle glisse sur du verre, et chute. Elle bascule sur la scène et se blesse. Elle examine ses jambes, sous les rires et les applaudissements de la foule. Ses blessures l'empêcherait de danser pendant plusieurs soirs. Un rapide regard sur le barman au fond de la salle. A travers la fumée de sa cigarette, elle aperçut son visage et comprit. Elle ne pouvait plus danser comme elle l'avait fait ici, chaque soir. Et elle était de plus en plus marqué et le maquillage ne suffisait plus, c'était ce qu'attendait le patron du bar pour décider de la virer. Pour elle, s'aurait dû être la meilleure nouvelle de sa vie. Mais elle avait besoin d'argent. Les paillettes coûtaient de plus en plus cher et elle devait en prendre une dose beaucoup plus grande chaque jour. Pour oublier. Elle décidait de rentrer chez elle sans se soigner. Chez elle où l'attendait un homme violent et possessif. Où l'attendait les coups et la misère. Elle arriva dans l'immeuble où elle vivait, qui était tout aussi délabré que son ancien lieu de travail. Elle marqua une pause devant sa porte, et tendit l'oreille. La télé était allumée. Il était là, Il l'attendait. Il n'accepterait pas qu'elle ait perdu son emploi. Elle tourna la clef dans la serrure, la porte s'ouvrit sans bruit. La lueur de la télé éclairait d'une lueur irréelle l'homme avec qui elle vivait, cet homme toujours affalé dans son fauteuil avec de l'alcool toujours à sa portée. Elle traversa la pièce en silence, Il ne l'a même pas entendu arrivé. Elle se dirige vers le balcon, hume le parfum de la nuit, regarde les lumières de la ville. Elle fait un point sur sa vie, sur son enfance sans sa mère, sur son adolescence tout aussi difficile, et puis sur sa vie de maintenant, sur son ancien travail. Des échecs. Rien que des échecs a répétition. Elle décide de ne plus continuer comme ça. Que tous est trop dur, maintenant que les paillettes se sont épuisées, et que la souffrance devient trop forte. Elle enjambe la rambarde du balcon, malgré ses jambes douloureuses. Elle se trouve debout, le vide en dessous d'elle. Retrouvant ses esprits en même temps que le vertige la gagne, elle réfléchit, puis elle maudit son père qui lui a fait subir tous ses malheurs. Et enfin dans une ultime pensée, elle prononça ses paroles : « J'arrive, Maman ! » Et elle se laissa tomber dans le vide. Elle venait tout juste d'avoir vingt ans...
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